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L’anaphylaxie : comprendre l’urgence allergique

COMPRENDRE LES ALLERGIES

Définition / chiffres clés

L’anaphylaxie est une réaction allergique sévère, généralisée, brutale et potentiellement mortelle. Elle peut survenir en quelques minutes après l’exposition à un allergène (aliment, médicament, piqûre d’insecte…) et nécessite une prise en charge immédiate.

En Europe, l’incidence est estimée autour de 1,5 à 7,9 cas pour 100 000 personnes par an.

Environ 1 personne sur 300 ferait une anaphylaxie au cours de sa vie (toutes causes confondues).

L’anaphylaxie est heureusement rare, mais suffisamment grave pour qu’il soit essentiel de savoir la reconnaître et agir vite.

 

Causes / mécanismes

Les IgE dirigés contre les allergènes sont les principaux responsables de ces réactions. Ce type de réaction est dite “allergique”.
D’autres mécanismes sont impliqués aussi bien pour les aliments que pour les médicaments. Ceux-ci ne sont pas tous de nature allergique. Des recherches sont actuellement menées à ce sujet.

Les principaux agents pourvoyeurs d’anaphylaxie (allergique ou non allergique) sont: les aliments, les médicaments, les venins d'hyménoptères (abeille, guêpe, frelon etc..).

L’anaphylaxie est dite idiopathique quand la cause n’est pas retrouvée.

Facteurs de risque: asthme mal contrôlé, maladies cardiovasculaires, mastocytose, prise de béta-bloquants, réaction antérieure sévère, co-facteurs potentialisateurs (alcool, effort physique, prise d’antibiotiques ou AINS, infections, ...)

 

Symptômes

C’est la sévérité et la chronologie des manifestations cliniques qui définit l’anaphylaxie: association de symptômes cardio-vasculaires (tachycardie, hypotension), respiratoires (dyspnée), cutanés (urticaire) et/ou digestifs (douleurs abdominales, vomissements), mettant en jeu le pronostic vital, d’apparition immédiate après le contact avec l’allergène ou des mécanismes non allergiques.

Différentes formes d’anaphylaxie existent. Par exemple :

- L’oedème de Quincke : oedème du pharynx et/ou larynx.
- Le choc anaphylactique : défaillance cardio-vasculaire.
- L’asthme aigu grave

 

Quand c’est urgent ?

L’anaphylaxie est une urgence vitale. Il faut appeler le SAMU (15 ou 112 de votre portable) au moindre doute. 


Diagnostic / tests – quand consulter ?

Lors de l’anaphylaxie, un dosage sanguin du taux de tryptase est recommandé dans les 30 minutes à 2 heures après la survenue des premiers symptômes. Celui-ci est réalisé aux urgences.

Un bilan allergologique est nécessaire à distance d’une anaphylaxie afin :
- de rechercher la cause si celle-ci n’est pas connue.
- de rechercher d’autres allergènes ou agents pouvant occasionner les mêmes symptômes (par exemple: allergie croisée).
- de rechercher une maladie associée à un risque augmenté d’anaphylaxie (exemple: mastocytose).
- de proposer un traitement si cela est possible.
- de conseiller des mesures de prévention.

Le bilan allergologique ne peut pas se faire immédiatement après une anaphylaxie. En effet, les cellules mastocytaires ont tellement réagi lors de la réaction anaphylactique qu’elles peuvent être aréactives pendant quelques semaines. Cela peut fausser les tests cutanés.

Le bilan consiste à:
- la réalisation de tests cutanés vis-à-vis d’allergènes en fonction de l’histoire clinique 
- +/- des dosages des IgE spécifiques dirigés contre des allergènes. Un taux d’IgE positif mais faible n’élimine pas une allergie. Certains patients sont très réactifs cliniquement vis-à-vis d’un allergène et peuvent avoir un faible taux d’IgE spécifique dirigé contre celui-ci.
- la réalisation de tests de provocation en cas de doute diagnostique.
- un bilan sanguin incluant le dosage de la tryptase basale. 

 

Traitements et prévention

Prise en charge de l’anaphylaxie à domicile

Utilisez l’auto-injecteur d’adrénaline immédiatement (si vous en disposez) si vous suspectez une anaphylaxie, notamment en présence d’un ou plusieurs signes suivants après exposition à l’allergène :

- Respiration / gorge : gêne respiratoire, sifflements, voix rauque, sensation de gorge qui se serre, difficulté à avaler
- Circulation : malaise, faiblesse intense, pâleur, chute de tension, pertes de connaissance
- Troubles digestifs: vomissements répétés, douleurs abdominales importantes)
- Toute aggravation rapide après contact/ingestion/piqûre suspect(e)

En pratique : si vous hésitez mais que ça ressemble à une réaction sévère, injectez et appelez les secours.
“Personne ne meurt de faire de l’adrénaline, on meurt de ne pas la faire”

Comment l’utiliser ? Les étapes essentielles
- Arrêtez l’exposition (stopper l’aliment, s’éloigner si piqûre, etc.) et appelez à l’aide.
-Injectez l’adrénaline dans la face externe de la cuisse (à travers les vêtements si besoin), selon le mode d’emploi de votre dispositif.
- Appelez le 15 (ou le 112), ou demandez à quelqu’un de le faire pendant que vous injectez.
- Allongez  vous (jambes surélevées si malaise).
- Si gêne respiratoire importante : position demi-assise possible.
- Si vomissements : position latérale de sécurité.
- Surveillez l’évolution. Si les symptômes ne s’améliorent pas rapidement ou réapparaissent, une 2e dose peut être nécessaire (raison pour laquelle on recommande souvent d’avoir deux auto-injecteurs disponibles).
- Même si ça va mieux : avis médical urgent obligatoire après l’injection (risque de rebond/biphasique et nécessité de surveillance).

Prise en charge au long cours

L’éviction de l’allergène (si identifié) ou des facteurs ayant provoqué l’anaphylaxie est nécessaire.
La recherche de la cause de l’anaphylaxie peut être longue. La réalisation de tests de provocation est possible en cas de doute diagnostique afin d’éliminer les potentiels allergènes. La participation de certains allergènes à la réaction est parfois difficile à mettre en évidence. Par exemple, la participation d’acariens, contaminant alimentaire (pancake syndrome). 
En cas d’allergie alimentaire, des séances d’éducation thérapeutique peuvent être utiles. 
Un accompagnement  psychologique est parfois nécessaire.
Les patients ayant une suspicion de maladie mastocytaire sont référés dans les services de Médecine Interne.

 

L'anaphylaxie, traitements actuels et nouveaux avec Dr Juliette Caron

 

Conseils pratiques

Stylo d’adrénaline et astuces :

- Gardez l’auto-injecteur d’adrénaline sur vous, pas “dans la voiture” ou “au fond du sac”.
- Vérifiez la date de péremption et entraînez-vous avec un stylo factice (trainer).
- Conservation : à température ambiante, à l’abri de la lumière, sans réfrigérer ni congeler (selon notice).
- Informez vos proches où est le stylo et quand l’utiliser (plan d’action écrit).

Cette vidéo sur les différents dispositifs d’adrénaline afin d’apprendre à les utiliser

Apprendre à les utiliser les différents dispositifs d’adrénaline

 

Foire aux idées reçues

Anaphylaxie et mortalité. 
Le tableau clinique de l'anaphylaxie est souvent associé à une « sensation de mort imminente », et il est vrai que l'anaphylaxie peut mettre la vie en jeu. Toutefois, le taux de mortalité par anaphylaxie n'est que de 0,001 %. L’anaphylaxie mortelle est dans la majorité des cas due aux médicaments. 

Facteurs favorisants : un âge supérieur à 50 ans et des antécédents de pathologie cardiovasculaire. 

 

Ressources utiles

Dutau. Mythes et controverses sur l’anaphylaxie. Le quotidien du médecin. Juillet 2019.
https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/allergologie/mythes-et-controverses-sur-lanaphylaxie

Revue française d’Allergologie. Vol 61. Numéro 8 supplément 1. Focus sur la semaine mondiale de l’anaphylaxie 2021.

Catherine Quequet et Sébastien Lefèvre. Anaphylaxie: une réaction biphasique dans 10 à 20 % des cas. Revue du praticien. Octobre 2024.

 

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