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Cosmétiques et allergie : lire un étiquetage INCI

ALLERGIES AU QUOTIDIEN

Cosmétiques et allergie : comprendre la liste INCI

Chaque utilisateur et utilisatrice de cosmétiques devrait connaitre la signification de l’acronyme INCI essentiel pour décrypter les ingrédients qu’ils contiennent. Nous allons découvrir pourquoi avec cet entretien entre le Dr Catherine Quéquet allergologue et le Dr Céline Couteau.

Dr C Quéquet :

Céline vous êtes universitaire Nantaise, maître de conférences, spécialisée en cosmétologie. Pouvez-vous nous en dire plus sur la signification et l’utilité de l’INCI ?

Dr Céline Couteau :

« Sur tous les emballages cosmétiques, du moins ceux dont la taille le permet, doit figurer la liste des ingrédients. Par contre, si le flacon est trop petit, comme c’est le cas pour certains vernis à ongles, la composition doit figurer sur un document qui est, en théorie, disponible sur le lieu de vente du produit en question. Ces ingrédients doivent être présentés en respectant un code particulier. Ce code correspond à ce qui est connu sous le nom de nomenclature INCI.

Cette abréviation se rapporte à « International Nomenclature of Cosmetic Ingredients ». Elle permet, au consommateur, de connaitre précisément quels ingrédients entrent dans la composition du produit qu’ils s’apprêtent à acheter. Ceci est particulièrement important pour toutes les personnes qui se savent allergiques à un ingrédient ou à une famille d’ingrédients et qui, de ce fait, traquent impitoyablement, ce ou ces ingrédients dans ces listes INCI.

On entend souvent dire que cette liste INCI est un jargon incompréhensible, Pourtant, cette nomenclature a été créée dans un souci de transparence afin de fournir aux consommateurs des informations claires et détaillées concernant les compositions cosmétiques. 

Il devient alors essentiel de partir du principe que cette nomenclature est une langue. Comme une langue étrangère, elle s’apprend et s’apprivoise au fur et à mesure. Il convient de l’entretenir en la pratiquant. C’est une langue vivante qui évolue au gré de la mise sur le marché de nouveaux ingrédients. Il est donc nécessaire de faire preuve de patience pour s’habituer à elle et de prendre le temps d’en apprendre les bases pour se familiariser avec cette langue internationale cosmétique.

Cette liste INCI est riche en informations. C’est en scrutant un grand nombre d’entre elles  que nous nous sommes rendu compte de la mystification pratiquée par l’industrie dans le domaine de l’hygiène avec des huiles lavantes dont la composition débute par le nom « Aqua » et qui ne renferment, dans leur formule, aucune goutte d’huile. Alors, oui, il est important d’être initié au décryptage des listes d’ingrédients afin de ne pas être les dindons de la farce. Acheter une huile lavante, beaucoup plus onéreuse que le syndet de base, alors que sa composition se rapproche cruellement d’un gel douche banal… Ce n’est quand même pas le top !

Si un argumentaire vous parle d’une crème hydratante enrichie en beurre de karité et que celui-ci est en fin de liste, passez votre chemin ! Ou du moins dites-vous que l’on vous fait rêver avec un beurre exotique alors que l’émollient principal est peut-être de la paraffine ! De la paraffine, quelle horreur allez-vous dire ? Et nous de répondre : pas du tout une horreur mais plutôt le meilleur émollient existant à l’heure actuelle. Comme quoi, il existe des idées fausses et qui ont la peau dure dans ce domaine où fleurissent les polémiques ! 

 

Dr Catherine Quéquet :

Je reconnais que les listes d’ingrédients interminables peuvent parfois devenir un vrai casse-tête. En transformant cet apprentissage en jeu ou défi, cela rend la tâche plus facile. Cette approche favorise une meilleure intégration du langage INCI parce qu’en réalité les applications ne donnent pas toutes les solutions. 

Dr Céline Couteau :

 « Exactement ! On est en droit de se plaindre lorsque la liste est interminable et qu’il faut s’informer sur une multitude d’ingrédients peu familiers. Alors abordons cela comme un défi ludique. Ce sera plus plaisant et bien plus enrichissant. Plusieurs cas de figure peuvent se présenter.

  • Si l’on a affaire à une molécule chimique comme l’acide benzoïque (un conservateur antimicrobien très à la mode) par exemple, le nom INCI sera le nom anglais : benzoic acid. Jusque-là, rien de bien compliqué. Pour le consommateur que l’on parle d’acide benzoïque ou de benzoic acid il n’y a pas grande différence. Alors que penser de cet ingrédient ? Que c’est un ingrédient retrouvé dans un très grand nombre de cosmétiques du commerce. Un conservateur antimicrobien réglementé qui ne doit pas être utilisé à la louche. Il doit être incorporé en se limitant à une dose d’emploi bien précise. Un ingrédient qui doit être de qualité et ne pas se dégrader dans le produit fini en libérant du benzène. Pourquoi dire tout cela au sujet de cet ingrédient ? Tout simplement pour mettre les pieds dans le plat, directement, sans attendre. Oui cet ingrédient est loué un peu partout. Non, il ne doit pas être utilisé par-dessus la jambe ! Et lorsque l’on utilise ce genre d’ingrédient, il est impératif de s’assurer de sa qualité, de vérifier qu’il n’interagit pas chimiquement avec d’autres ingrédients de la formule.

  • Dans le cas d’un extrait végétal, on utilise le nom botanique en latin de la plante concernée. Toutefois, cela ne suffit pas ! Il faut apporter une précision en indiquant la partie de la plante utilisée. Ceci amène à introduire un peu d’anglais dans le nom de l’ingrédient concerné. Démonstration : un très grand nombre de cosmétiques contiennent de l’huile de tournesol. Une huile obtenue par expression des graines de la plante. Avec tous ces éléments, on peut facilement imaginer le nom INCI correspondant soit : Helianthus annuus (nom du tournesol) seed oil (du fait que l’huile est obtenue à partir des graines de la célèbre fleur aimant par-dessus tout se dorer au soleil) ». Alors transparente ces listes INCI ? Pas opaque en tout cas pour qui s’est mis à la langue INCI (et l’on va vous avouer qu’il existe un dictionnaire bien pratique qui répertorie un grand nombre de noms INCI, ce dictionnaire c’est l’inventaire européen connu sous le nom de Cosing et que l’on peut facilement trouver en ligne) (https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/). Pas complètement transparent tout de même car dans certains cas on reste sur sa faim. 

  • Dans le cas de l’alcool par exemple, on nous le présente souvent comme étant dénaturé (nom INCI : Alcohol denat) mais l’on se garde bien de nous indiquer le nom du dénaturant utilisé. 

  • Dans le cas du parfum, c’est encore moins transparent puisque l’on ne nous donne pas sa composition (ce qui est logique car il peut être composé d’une centaine de molécules) mais on se contente de faire apparaitre certaines molécules entrant dans sa composition, ces molécules étant connues de la réglementation sous le nom « d’allergènes à déclaration obligatoire ».

 

Ampoule et engrenageDeux ingrédients que l’on retrouve souvent dans les listes INCI à savoir l’eau inscrite sous le nom INCI : Aqua et l’éthanol que l’on désigne sous le nom INCI d’Alcohol.

 

Dr Catherine Quéquet :

Non seulement la liste d’ingrédients peut être longue et complexe à déchiffrer mais cela peut-être encore plus compliqué lorsque certains ingrédients sont présents à des concentrations inférieures à 1 %. La compréhension s’en trouve encore un peu plus délicate.

Dr Céline Couteau :

« Dans cette liste INCI, les ingrédients sont présentés par ordre pondéral décroissant. L’ingrédient utilisé en plus forte quantité (souvent l’eau !) est donc en tête de liste et celui utilisé en faible quantité voire en quantité homéopathique se retrouve en fin de liste. Vous avez raison de pointer du doigt cette valeur de 1%. Cette valeur est une petite fleur faite à l’industrie pour préserver une part de mystère quant à la composition de ses cosmétiques ; en dessous de 1% l’industriel n’est plus obligé de respecter une présentation par ordre pondéral décroissant. 

Cette liste INCI représente un allié précieux. Avec ma complice Laurence Coiffard, professeur à la faculté de pharmacie, nous usons notre vue, depuis des années sur ces petits caractères. À l’aide d’une loupe, nous vérifions parfois si l’ingrédient vanté dans l’argumentaire marketing figure réellement en bonne position dans la liste des ingrédients. Et souvent c’est la déception ! Il ne figure  pas en tête de liste mais plutôt en fin de liste ! Par exemple : Certains produits annoncent leur richesse en huile de camélia (Nom INCI : camellia sinensis seed oil) alors que cet ingrédient n’est placé qu’en fin de liste donc présent en très faible concentration !

Il est important de souligner, tout de même, qu’un ingrédient même placé en fin de liste peut-être particulièrement efficace. Le bisabolol est certainement un des meilleurs exemples … Cette petite molécule agit par ses propriétés antiinflammatoires (apaisantes) dès une concentration de 0,1%. Cet alcool sesquiterpénique est très prisé dans les soins pour peaux sensibles, les produits après-soleil ou après-rasage. Cependant gardons à l’esprit que quelques cas d’eczéma de contact sont décrits dans la littérature.

 

Dr Catherine Quéquet :

Dans le contexte de la législation actuelle sur les cosmétiques, seule une partie des ingrédients fait l’objet d’une réglementation précise. Pourtant de nombreuses substances potentiellement allergisantes ou irritantes reste hors champ de celle-ci. L’élaboration d’une liste complète des substances non réglementées, s’avère une tâche quasi impossible et nous allons voir pourquoi.

Dr Céline Couteau :

« Question piège Catherine. Je crois bien qu’un document de 1000 pages arriverait à peine à traiter ce sujet épineux.

Déjà, un très bon point concernant votre analyse de la situation. À l’heure actuelle, la grande majorité des ingrédients utilisés par l’industrie cosmétique ne sont pas réglementés. Alors évidemment, ce serait beaucoup plus simple et sécurisant d’établir une liste de substances autorisées pour la formulation cosmétique et de dire aux industriels : « Voilà, jusqu’à présent votre terrain de jeu c’était le Sahara, maintenant vous pouvez vous amuser dans ce petit bac à sable » ! Vous imaginez les réactions qui pourraient se produire ! Ce serait la révolution… car, rappelez-vous, la réglementation cosmétique n’a que 50 ans. Avant… tout était permis. Et puis, on a dit, attention, on va mettre de l’ordre dans tout cela. Et on va établir une liste de substances interdites (une liste qui ne cesse de s’allonger depuis 1976) et des listes de substances autorisées sous certaines conditions (avec en particulier celles de conservateurs antimicrobiens, des filtres UV …).

On est donc passé d’une période (avant 1976) où tout était permis à une période (après 1976) où l’on commence à poser des jalons et à parler de substances interdites et de substances autorisées sous conditions. Ça c’est la partie visible de l’iceberg mais il reste la partie immergée qui, comme tout le monde le sait, est la plus importante en volume. Celle-ci correspond à tous ces ingrédients non réglementés… ces ingrédients les plus nombreux… et ce sont eux, parfois, qui peuvent poser problème.

Revenons maintenant à votre question car nous sentons que nous dérivons et nous voyons bien votre doigt se lever pour nous ramener à l’ordre. 

Oui, il est possible d’évoquer des ingrédients irritants, c’est le cas des savons (on en parlera peut-être plus avant une autre fois), du laurylsulfate de sodium (le chouchou des shampooings bio. Autant d’ingrédients dont vous n’entendrez pas parler dans la réglementation mais qui nous font causer.

Oui, il est possible d’évoquer des ingrédients allergisants. C’est le cas de certaines molécules parfumées comme les célèbres limonène et linalol oxydés (à étiquetage obligatoire). On peut également mentionner ces actifs à la mode, présents un peu partout et qui commencent à solliciter l’expertise des dermatologues et allergologues. C’est par exemple le cas du panthénol ou du niacinamide. Cela, sans oublier l’illustre lanoline connue pour son paradoxe. C’est une molécule bien tolérée sur une peau saine et mal supportée par des personnes souffrant de dermatose, altérant la qualité de leur barrière cutanée.  Autant d’ingrédients que la réglementation ignore »

 

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